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le 21 avril 2021 - Manifeste → Nationale

26 députés demandent d'«empêcher la création de nouveaux élevages intensifs»

« L’élevage intensif est une impasse
environnementale, économique, sanitaire et sociale »
TRIBUNE :
Collectif
Un collectif d’élus et de représentants d’associations, parmi lesquels le député (LRM) Loïc
Dombreval, Pascal Durand, député européen et Louis Schweitzer, président de la
Fondation droit animal, éthique et sciences estime, dans une tribune au « Monde », qu’il
est vital d’accélérer la transition vers un modèle d’élevage durable

Les politiques ont imposé après-guerre à nos éleveurs une transition vers un modèle
hyperproductiviste
Ce modèle est largement remis en cause aujourd’hui en raison de son impact
négatif sur le climat et l’environnement, ainsi que sur le bien-être des éleveurs et celui de leurs
animaux.
Les lois de 1960 et 1962 ont en effet posé les jalons d’une agriculture mécanisée, concentrée,
spécialisée et régionalisée donnant ainsi une réponse politique forte aux pénuries de l’époque et
assurant l’autosuffisance alimentaire de notre pays. Par les lois d’orientation agricole, les politiques
ont demandé à nos éleveurs une transition dans leurs méthodes pour produire plus, plus vite et
moins cher. Les agriculteurs se sont adaptés à ces demandes, ont investi massivement et ont modié
leur manière de travailler.
Une course aux prix les plus bas
Cette transformation voulue par les politiques a fonctionné : sur plus d’un milliard d’animaux tués
chaque année en France, 80 % sont connés dans des élevages intensifs sans accès à l’extérieur.
Lire aussi | Les paradoxes de la longue bataille pour le bien-être animal
Mais les éleveurs, qui ont accompagné les transitions que les politiques ont impulsées, sont
aujourd’hui les premières victimes d’un mode de production vulnérable économiquement et
socialement. En 2019, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) alerte sur les
transformations du travail générées par cette intensication, rendant l’élevage moins rémunérateur
et moins porteur de sens pour les éleveurs, dont les pratiques sont homogénéisées et les savoirs
traditionnels abolis.
La focalisation sur le résultat, et non sur la méthode, a conduit à une course erénée aux prix les plus
bas. Cette compétition est malheureusement perdue d’avance au sein d’un marché international
globalisé, aux pratiques tellement plus intensives et tellement moins coûteuses. L’élevage intensif est
une impasse environnementale, économique, sanitaire et sociale.

C’est pour cela qu’il nous faut empêcher la création de nouveaux élevages intensifs impactant
négativement l’environnement et le bien-être animal pour redéployer les systèmes polycultureélevage, permettant de rapprocher les productions animales et végétales et de jouer la
complémentarité, au bénéce d’une agroécologie performante protant à l’homme et à l’animal.
Moins de viande mais mieux
Notre modèle d’élevage traditionnel français a un rôle indéniable dans la préservation du paysage
rural et dans le stockage du carbone grâce à ses prairies. Ces éléments sont en cours de validation avec
l’expérimentation pour un affichage environnemental dans le cadre de la loi AGEC (loi antigaspillage
pour une économie circulaire).
Nous devons refuser la ratification en l’état des accords de libre-échange et en particulier le Mercosur,
qui aurait pour conséquence l’augmentation des importations de productions d’élevages hyperintensifs et qui mettrait à mal les eorts de nos éleveurs en transition vers des productions plus
durables. Nous devons à ce titre adopter au niveau européen des « mesures miroirs » incluant
l’environnement et le bien-être animal.
Nous devons réglementer et contrôler plus strictement les transports longue distance d’animaux
vivants, synonymes de sourance animale et d’hérésie écologique.
L’aliment est notre premier « médicament » : nous devons manger moins de viande mais mieux
produite, et aider nancièrement nos compatriotes à avoir accès à cette alimentation meilleure pour
leur santé et pour notre planète.
Etiquetage
Nous devons – même si la France est plutôt dans les meilleurs de la classe sur la diminution de
l’antibiothérapie – poursuivre la décroissance de l’apport d’antibiotiques dont l’utilisation est
souvent proportionnelle à la concentration des animaux dans l’élevage.
Nous devons créer un étiquetage des modes de production des denrées d’origine animale, permettant
de mieux valoriser auprès des consommateurs le travail des éleveurs qui ont muté vers une
production plus respectueuse de l’environnement et des animaux. Un étiquetage « Bien-être animal »
débute en France et il faut le déployer. En 1965, était attribué le premier Label rouge de l’histoire au
poulet jaune des Landes. Aujourd’hui, plus de 50 % des poulets entiers achetés en magasin sont des
poulets Label rouge. Preuve en est qu’un consommateur bien informé est disposé à accompagner la
montée en gamme de toute une lière de production.
Cette liste n’est qu’un premier aperçu de l’immensité du travail à réaliser pour réussir la transition
vers un modèle d’élevage plus respectueux de notre environnement et des animaux, plus juste pour
nos éleveurs et plus sûr pour les consommateurs.
Tous les leviers de la politique agricole commune, en cours de renégociation pour sept ans, dans le
cadre du plan stratégique national français sont à mobiliser pour engager la transition de l’élevage
français vers des modèles plus durables. Il s’agit d’une opportunité majeure qu’il est urgent et vital de
saisir, pour la santé des animaux, de notre environnement et des hommes.

Liste des signataires :
Pierre Cabaré, député (Haute-Garonne, LRM) ; Philippe Chalumeau,
député (Indre-et-Loire, LRM) ; Annie Chapelier, députée (Gard, LRM) ; Léopoldine
Charbonneaux, directrice France de Compassion in World Farming (CIWF) ; Jean-Charles ColasRoy, député (Isère, LRM) ; Yolaine de Courson, députée (Côte-d’Or, LRM) ; Yves Daniel, député
(Loire-Atlantique, LRM) ; Typhanie Degois, députée (Savoie, LRM) ; Marguerite Deprez-
Audebert, députée (Pas-de-Calais, MoDem) ; Loïc Dombreval, député (Alpes-Maritimes, LRM,
président du groupe d’études « Condition animale ») ; Pascal Durand, député européen (Renew
Europe) ; Laurent Garcia, député (Meurthe-et-Moselle, MoDem) ; Yannick Haury, député (LoireAtlantique, LRM) ; Dimitri Houbron, député (Nord, MoDem) ; Jean-Pierre Kieffer, président de
l’Œuvre d’assistance aux bêtes d’abattoirs (OABA) ; Michel Lauzzana, député (Lot-et-Garonne,
LRM) ; Sandrine Le Feur, députée (Finistère, LRM) ; Maud Lelièvre, présidente de l’Union
internationale pour la conservation de la nature (UICN) France ; Jacques Marilossian, député
(Hauts-de-Seine, LRM) ; Marjolaine Meynier-Millefert, députée (Isère, LRM) ; Jean-Michel Mis,
député (Loire, LRM) ; Claire O’Petit, députée (Eure, LRM) ; Sophie Panonacle, députée
(Gironde, LRM) ; Louis Schweitzer, président de la Fondation droit animal, éthique et sciences
(LFDA) ; Alice Thourot, députée (Drôme, LRM) ; Elisabeth Toutut-Picard, députée (HauteGaronne, LRM) ; Nicole Trisse, députée (Moselle, LRM) ; Frédérique Tuffnell, députée
(Charente-Maritime, LRM) ; Yann Wehrling, président du Parti de la nature ; Hélène Zannier,
députée (Moselle, LRM) ; Ghislain Zuccolo, directeur général de Welfarm (Association de la
protection mondiale des animaux de ferme) ; Jean-Marc Zulesi, député (Bouches-du-Rhône,